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L’Enfer du RER

La semaine dernière, je devais me rendre sur Paris après le travail. C’était la première fois que je prenais les transports depuis mon nouveau boulot. Ceci a sa petite importance pour la suite du récit (quel suspeeeennnnns !). 

Arrivée à la gare RER, j’achète mon billet RER + Métro, passe le tourniquet et vais patienter sur le quai. Le train arrive, je monte dedans, j’arrive sur Paris, prends un autre RER en correspondance puis arrive à la station Nation pour prendre le Métro. Jusqu’ici, tout va bien. 

Marchant nonchalamment sur mes hauts talons de businesswoman, la tête haute et heureuse de la perspective d’une sympathique soirée, j’arrive devant les tourniquets de Nation avec mon petit billet acheté une heure plus tôt, que j’ai tenu dans ma main tout le long du trajet. Des contrôleurs sont partout présents et je me dis intérieurement « M’en fous, j’ai mon billet ».

Je glisse le ticket dans la machine. Un « Biiip » retentit et impossible de passer le tourniquet. Toujours très sûre de moi, je replace le ticket dans la machine mais sa réaction fut la même : no pasaran.
L’archouma* devant les contrôleurs, je me dirige alors vers le bureau Information de la RATP où se trouve une femme en pleine discussion personnelle avec un homme. Voyant que j’allais les interrompre, je me poste devant le guichet en attendant mon tour. La femme – que nous appellerons Brigitte pour les besoins de l’histoire – tourne enfin son regard vers moi :
- Brigitte : Bonjour.
- Moi : Bonjour. J’essaie de passer le tourniquet mais ça ne fonctionne pas.
- Brigitte, levant les yeux au ciel style « C’est ça, prends-moi pour une imbécile » : Donnez-moi votre ticket.
Je le lui tends. Elle en regarde le verso.
- Brigitte, le regard pétillant style « Tiens, prends-ça dans ta face » : C’est normal qu’il ne passe pas, il a été validé à 14h50.
- Moi, ne comprenant pas : Ce n’est pas possible, je l’ai validé il y a une heure environ (il était 18h30).
- Brigitte levant de nouveau les yeux au ciel style « Oui, bien-sûr, et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu » : Je vais le passer dans le lecteur de piste magnétique, on va voir ce qu’il en dit.
Elle s’exécute.
- Brigitte me redonnant le billet et relevant le sourcil style « Tu me fais perdre mon temps » : Votre ticket a bien été validé à 14h50.
- Moi, en totale hallucination : Je vous assure que ce n’est pas possible. J’ai acheté ce ticket il y a une heure et à 14h50 j’étais au bureau.
Brigitte me regarde avec un léger sourire en coin style « Te fatigue pas à mentir, je sais que t’as fraudé et tu vas te faire gauler parce qu’il y a des contrôleurs partoueuuuuuuh » mais ne répond pas.
- Moi : Comment je fais à présent ?
- Brigitte, voulant clairement abréger ses souffrances : Je ne peux pas vous aider.
- Moi, cherchant une réponse logique à cette situation : Je vous assure que j’ai acheté ce ticket il y a une heure. J’ai même mon relevé de carte bancaire et c’est la première fois que j’achète un ticket à cette gare donc je n’ai pas pu me tromper avec un autre ticket (cf. le début de mon récit). Et à 14h50, je vous assure que j’étais bien au bureau.
- Brigitte, le regard style « Je vais te donner un argument imparable » : Ca peut arriver que le tourniquet imprime une mauvaise heure, mais pas la piste magnétique.
Je reste stoïque, muette, me croyant dans la 4ème dimension et Brigitte en profite pour reprendre sa conversation hautement importante avec l’homme en face d’elle.

Essayant de retrouver mes esprits, je cherche un ticket de métro dans mon sac.
- Moi : Avec un ticket de métro, je vais pouvoir passer ?
- Brigitte : Ben non puisque vous êtes encore dans l’enceinte du RER.
- Moi : Je ne peux pas passer avec mon ticket RER ni avec un ticket de métro. Je fais comment maintenant ?
Brigitte hausse les épaules, accompagnant son geste d’un sourire style « Bon, t’as fini de geindre ? Je peux poursuivre avec mon prétendant ? » et ne répond pas.
- Moi, voyant qu’elle n’a aucune envie de m’aider : Ce n’est pas possible une situation pareille.
Brigitte ne m’entend déjà plus et est replongée dans sa conversation.
- Moi, commençant à m’énerver : Vous êtes bien de la RATP ?
- Brigitte, piquée au vif : Oui.
- Moi : Comment faut-il que je fasse ?
- Brigitte et l’homme qui est visiblement aussi de la RATP : Votre ticket n’est pas bon ! On n’y peut rien.
- Moi : D’accord, mon ticket n’est pas bon alors que je l’ai acheté il y a une heure. Proposez-moi une solution maintenant.
- Brigitte, le regard style « Une solution ? Mais ça ne fait pas partie de ma fiche de poste » : …
- Moi : Je ne peux pas passer, je suis bloquée ici alors je fais quoi ?
- Brigitte, dans un élan de lucidité et voulant se débarrasser de moi : Vous pouvez aller voir les contrôleurs. Ils vont peut-être pouvoir vous aider.
- Moi : Mais vous aussi vous êtes de la RATP, non ?
- Brigitte, agacée : Oui, mais moi je ne peux rien faire.
Comprenant enfin que j’avais à faire à un bulot passif (il m’en a fallu du temps), j’ai remballé mes affaires et suis partie vers un contrôleur, avec la légère trouille au ventre de me prendre une amende.

- Moi, un peu intimidée : Bonjour.
- Le contrôleur : Bonjour.
- Moi : Le bureau d’Information m’a renvoyée vers vous. J’ai acheté ce billet il y a une heure mais il ne passe parce qu’il aurait été validé à 14h50 alors que j’étais au bureau à cette heure-là.
- Le contrôleur, très sympa : Ah bon ? Allez-y, passez.
Il plaqua sa carte magnétique sur le tourniquet qui me libéra enfin de  … l’Enfer du RER.

* archouma : traduction du mot arabe qui signifie « trop la honnnnte ! »

3 réponses to “L’Enfer du RER”

  1. Candice dit :

    Mais quelle gaaaaaaaaaaaaaaaaaarce cette Brigitte !!! Rhaaaaa, ça m’énerve rien que de lire ce récit, c’est pas possible des nullasses pareilles, à croire que ça lui faisait plaisir qu’une passagère se retrouve dans la m… (et c’était sûrement le cas d’ailleurs). T’as bien fait de pas te laisser faire, t’aurais dû t’énerver encore plus, ne pas lui lâcher les basques et lui casser définitivement son coup avec son « prétendant », non mais ho !!!

  2. Fleole dit :

    En général les contrôleurs sont des gens cools.

  3. Ollie dit :

    Bienvenue en France… le pays du service.

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